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Eléphant sans défense !

dimanche 27 novembre 2005

Au Laos, et en particulier dans la région de Hongsa, les cornacs procèdent tous les trois ans à un rituel ancestral : la coupe des défenses des éléphants mâles. Tous ne sont pas concernés, mais cette opération, indolore et inoffensive si elle est pratiquée correctement, répond à plusieurs besoins.

D’une part, l’ablation de la pointe des défenses permet d’éviter que l’éléphant ne blesse un congénère ou son cornacs s’il a un caractère intempestif, surtout en période de musth. D’autre part, lorsqu’ils sont relâchés en forêt pour s’y reposer, les éléphants domestiques sont des proies faciles pour d’éventuels braconniers. Si la défense est coupée, le braconnier n’en tirera rien d’intéressant et passera son chemin.

Enfin, puisque l’ivoire repousse (au rythme d’environ 5 cm par an), la ‘ponction’ qu’opèrent les cornacs sur les spécimens captifs leur permet d’en tirer un revenu substantiel à la revente, bien que celle-ci soit en principe interdite tant localement qu’au plan international par de nombreux décrets et traités.

Ce phénomène de marchandisation des ‘pointes de défenses’ est récent car la coutume veut que les pointes prises sur un éléphant durant toute sa vie soient conservées par la famille propriétaire de l’éléphant. Elles sont généralement disposées autour de l’autel aux esprits de la maison et procure chance et bienfaits à l’ensemble de la famille.

L’ensemble des défenses proviennent du même éléphant. Cependant la première paire est incomplète car une des 2 défenses (les plus petites) a été incinérée avec le corps du grand-père de la famille. Ainsi la pointe d’ivoire accompagnera le corps du défunt dans l’au-delà et le protègera… Cette tradition est encore vivace à Hongsa, comme en témoignent ces images prises en 2004 par Sisouphan Manivong, photographe laotien qui collabore avec l’association ElefantAsia.

La coupe à proprement parler se faisait autrefois à l’aide de fils de soie tressés et de sable. L’opération pouvait durer une journée entière. Aujourd’hui, la scie à métaux a remplacé les outils traditionnels ! Mais le savoir-faire reste intact, et il en faut pour couper les défenses à une hauteur qui ne blesse pas l’animal. En effet, si le nerf est touché et s’infecte, l’éléphant devient fou et peut mourir dans d’atroces souffrances. Ce travail est donc confié aux cornacs les plus expérimentés ou aux maîtres dresseurs.

On peut s’interroger sur l’impact de cette coutume sur le marché international de l’ivoire. Cette pratique, bien que marginale au regard de l’ensemble du commerce de l’ivoire, est cependant complètement ignorée des organisations ou encore de la CITES (Convention Internationale sur le Commerce des Espèces Menacées). Faut-il condamner cette pratique qui alimente l’offre du marché illégal de l’ivoire et menace à terme la survie de l’espèce ? Ou bien la tradition laotienne doit-elle disparaître à cause d’un commerce qui perdure sous la pression de la demande d’ivoire ?

Par Sébastien Duffillot ElefantAsia


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