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Symbolisme au Laos

vendredi 11 avril 2008, par Gilles Maurer

On raconte qu’à l’origine des temps les éléphants étaient pourvus d’ailes. Chargeant le ciel de leurs amples masses grises, ils erraient au gré des vents et des ascendances, libres des chemins de la terre. Leur poids - leur poids de chair ou peut-être celui d’une faute commise - ne pouvait que les ramener parmi les êtres ordinaires. Pleins des gouttes purificatrices, chargés d’eaux du ciel bénéfiques aux cultures des hommes, ils descendirent, acceptèrent de servir... Depuis lors, au rythme du lent balancement de leurs hanches, au pas de leurs pieds aussi légers que des ombres, ils parcourent les sentes et les routes dont ils ne redoutent ni boue ni poussière. Car les éléphants, sachez-le, sont des nuages.

En Asie, l’éléphant est respecté, dressé pour le travail et utilisé comme monture royale. Il est vénéré par les Hindouistes comme par les Bouddhistes.

L’exemple du Laos

La symbolique de l’éléphant chez les Laotiens s’est construite en quatre phases s’étendant des débuts de leur histoire culturelle au VIIe siècle de notre ère.

Aux origines : l’éléphant est perçu comme un esprit de la forêt, féroce et puissant… Dans la première phase où l’humanité est constituée de petits groupes familiaux vivant disséminés dans une forêt hostile, sans établissements fixes, l’éléphant devait impressionner par sa masse, sa force sauvage et sa longévité mais également par certaines de ses caractéristiques étonnamment proches de celles de l’homme : son intelligence, son affectivité et son organisation sociale. L’éléphant est alors craint comme un fauve. Mais peut être lui reconnaît-on déjà des particularités qui font de lui l’incarnation d’un puissant esprit de la forêt. Au néolithique : l’éléphant domestiqué devient l’allié de l’homme La deuxième phase se situe au néolithique, période de grandes innovations techniques. L’agriculture apparaît vers le VIe millénaire avant notre ère. La domestication de l’éléphant, se situe également à cette époque. Si l’éléphant est considéré comme symbole de force et longévité, il est aussi plus pragmatiquement apprécié pour ses capacités physiques en matière de transports, de traction des matériaux et pour son aide aux champs qu’il piétinait en guise de labourage. La domestication de l’éléphant avait en outre révélé sa faculté d’exécuter des ordres comportant plusieurs actions enchaînées, ce qui ne pouvait que renforcer l’idée d’une identité de nature entre l’homme et l’éléphant. Au fil des siècles, les hardes d’éléphants sauvages, qui constituèrent longtemps une terrible menace pour les colonies humaines, furent soit domestiquées soit refoulées dans les régions montagneuses. Employés dès lors comme bêtes de somme, ou dans les armées, les éléphants cessèrent, tout naturellement, d’être considérés comme malfaisants. Le pachyderme devint même l’animal bénéfique par excellence, un animal face à qui rien, ni personne, ne résiste. Le plus sûr et le plus puissant allié de l’homme, en somme.

L’influence indienne et la sacralisation de l’éléphant La troisième phase, marquée par l’influence brahmanique, peut être datée du milieu du VIIe siècle de notre ère. Elle est le résultat d’une expansion septentrionale khmère, à partir du site pré-angkorien de Vat Phou, via la vallée du Mékong, jusqu’aux frontières du Yunnan. Cette expansion introduisit dans la région la vision indienne de l’éléphant, qui co-exista avec celle des Laotiens de l’époque et la compléta. Dès lors, au-delà de sa force et de sa longévité, l’éléphant devient le symbole de la fertilité.

Il est surnommé le « cousin des nuages ». Est-ce à cause de sa couleur grise ? De sa morphologie rondelette ? Ou de sa passion pour l’eau ? Cet attribut de fertilité vient donc se superposer aux croyances plus anciennes. La vision indienne de l’éléphant apporte cependant d’autres éléments. En tant que divinité gardienne des quatre orients (lokapala), l’éléphant revêt également, outre un caractère sacré, celui de protecteur, de défenseur.

Le terme « million d’éléphants », qui qualifiait le royaume du Laos, désignerait donc le million de pachydermes affectés au soutien du pays. Indra, le chef des divinités célestes est monté sur le plus prestigieux d’entre eux, Erawan, l’éléphant blanc tricéphale. C’est sous cette figure emblématique que les souverains brahmaniques des pays d’Asie du Sud-Est se sont représentés.

Enfin, Ganeça (Ganesh), le chef des troupes divines, qui fut pourvu d’une tête d’éléphant en remplacement de la sienne, tranchée par son père Shiva, était réputé sage. La croyance populaire a par la suite attribué cette qualité à l’éléphant.

A ce stade, l’éléphant, remplacé par le buffle dans les rizières, devait être employé, outre les travaux traditionnels de transport et de traction, comme monture d’apparat des princes en temps normal et de guerre en temps de conflit. Consécutivement, il constituait un bien de prestige pouvant être offert en tribut, saisi comme butin ou donné en cadeau de mariage.

L’éléphant, vénéré dans le bouddhisme La phase suivante est caractérisée par l’expansion du bouddhisme Theravada. La doctrine s’implanta dans la plaine de Vientiane et à Louang Prabang respectivement aux VIIe et VIIIe siècle. Selon la croyance populaire, dans le cycle des réincarnations, l’éléphant constitue la dernière étape avant celle de l’homme. C’est dire combien il est proche de ce dernier : sans en avoir ni la forme ni les moyens d’expression, il en possède déjà en quelque sorte la nature. Au cours des 500 existences qu’on lui attribue, le Bouddha a connu diverses formes d’incarnation, y compris animales, au cours desquelles se forgèrent progressivement les caractères d’un Bouddha. Dans l’une d’elles, il fut un éléphant blanc. Au cours de sa dernière existence, l’éléphant accompagna fidèlement Bouddha dans les moments essentiels. Ce fut un éléphant blanc qui apparut en rêve à la reine Maya, pour lui annoncer la conception du futur Bouddha en son sein. Un tel signe, si faste, ne pouvait être interprété par les devins de la Cour que comme l’avènement d’un monarque universel ou de celui d’un Bouddha.

De même, à la sortie d’un long jeûne dans l’Himalaya, l’éléphant était présent, accompagné du singe, apportant l’eau et le miel au Bouddha pour faciliter sa réalimentation. A sa mort, enfin, l’éléphant fut le premier à se rendre à son chevet pour lui présenter ses derniers hommages. Ainsi, déjà sacrée en tant que monture d’Indra, l’image de l’éléphant blanc connut-elle une promotion exceptionnelle dans le cadre du bouddhisme au point d’incarner celui qui, ayant atteint l’illumination, a régénéré l’énergie cosmique pour une période de 5000 ans : le Bouddha. A ce titre, l’éléphant blanc constitua le plus précieux garant de la force et de la prospérité d’un pays. Devenu véritable enjeu politique, il suscita de nombreuses convoitises et des conflits entre pays voisins.

Quand, à l’occasion les Laotiens passent sous le corps de l’éléphant, c’est de l’ensemble de ses attributs qu’ils espèrent s’imprégner : la force, la longévité, la fertilité, la sagesse et le caractère sacré.

Baci d’Elephant

Bouddhisme

La naissance du Bouddha

Bouddha soumet Nalagiri

Bouddah atteint le Nirvana

Indra et Eravana

Le Dieu Indien Ganesh

L’Eléphant Blanc

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Eléphants de guerre

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